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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 10:34

Un grand merci à Wild side vidéo pour m’avoir fait découvrir ce magnifique film d’Akira Kurosawa, réalisé en 1948 sur un thème sociétal pleine d’intense émotion dans une sorte de poésie pestilentielle au son d’une musique envoutante qui hante longtemps.

 

Dans un quartier glauque de Tokyo, sorte de sordide village bidonville, aux abords d’une marre infestée, Sanada un vieux médecin alcoolique tente tout ce qu’il peut pour soigner les habitants avec les moyens du bord. Un soir, il soigne Matsunaga, un jeune yakusa du quartier, blessé par balle. En l’auscultant, il détecte qu’il est atteint de tuberculose. Tourne autour d’eux, dans une atmosphère glauque et sombre, une ambiance lourde et menaçante, avec cet air de guitare de malheur, entre la maladie qui frappe tout un chacun. Une fille amoureuse et les mafieux qui rodent, laisse planer la menace. Le médecin a fort à faire avec son passé douloureux et son humanité qui se bat pour soigner autant qu’il le peut, dont cette jeune écolière.

Autour de cette marre putride, véritable personnage central du film, Kurosawa nous plonge à la Zola et Dickens, dans un univers ce petit monde qui survit dans une sorte de cloaque nauséabond avec des chants envoutants -notamment la chanson magnifique Jungle powers écrite par Akira- et des danses qui font oublier la misère et les difficultés, entre les proxénètes et les prostituées, les écoliers et les travailleurs, le chômage et la précarité. Dans cette ronde, les amours sont souvent déçus et maltraités comme les amitiés souvent trahies, et pourtant brille sans cesse une lueur d’espérance en un lendemain meilleur, comme avec cette écolière, dont la scène finale est absolument diabolique d’émotion.

Afficher l'image d'origineSur la quinzaine de films que j’ai pu voir jusqu’à présent d’Akira Kurosawa de sa trentaine de réalisation, son septième film demeure à ce jour comme étant mon préféré et LE chef d’œuvre. J’ai tout adoré dans ce film. L’histoire est belle et troublante, les réparties inoubliables, la mise en scène est parfaite dans un décor de ville entièrement construite et conçue par Takashi Matsuyama pour un film précédent, Shin baka jidai de Kajirô Yamamoto -mentor d’Akira Kurosawa qui a été son directeur adjoint dans 17 films, et celui qui a propulsé la carrière de Mifune-, et les protagonistes aux portraits très marqués et en constantes évolutions. Le film eut un tel succès qu’il y eut des représentations théâtrales avec Shimura et Mifune reprenant leur rôle. Certaines scènes sont d’anthologie, comme le combat dans le couloir et la peinture… Un pur chef d’œuvre.

Casting magnifique avec Takashi Shimura (Le garde du corps) absolument phénoménal, et Toshirô Mifune (La forteresse cachée) qui jouait son premier film sur les 16 pour Akira, est extraordinaire entre force et faiblesse. Reisaburo Yamamoto est terriblement inquiétant, quand la belle Michiyo Kogure (Kwaidan) est troublante. L’excellente Chieko Nakakita (Quand une femme monte l'escalier), de même l’émouvante Noriko Sengoku (Les sept samouraïs). Shizuko Kasagi et Eitarō Shindō (Les amants crucifiés), Masao Shimizu (Entre le ciel en l’enfer) et la jeune Yoshiko Kuga (Contes cruels de la jeunesse) absolument divine.

Le film L’ange ivre d’Akira Kurosawa, distribué par Wild side vidéo, est disponible dans les meilleurs bacs depuis le 2 mars 2016 en blu-ray et DVD. Il est proposé en version originale japonaise sous-titré français. Dans les suppléments, un entretien avec Kurosawa, et les témoignages de ses collaborateurs nous apportent une mine d’informations et d’anecdotes.

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Published by bobmorane75 - dans Films
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