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26 novembre 2019 2 26 /11 /novembre /2019 08:49

Un grand merci à Carlotta pour m’avoir permis de découvrir ce film issu du coffret du merveilleux ciénaste japonais Yasujirō Ozu, avec son premier film parlant réalisé en 1936, sur un panel de 20 films dont 10 restaurés en 2K et 4K, retraçant son œuvre du muet au parlant, du noir et blanc à la couleur, pour une intrigue intimiste d’une grande intensité.

Tsune Nonomiya est une jeune mère veuve ouvrière dans le tissage de la soie, qui se saigne aux quatre veines pour l’éducation de son fils unique Ryosuke, Une relation très tendre et étroite qui prend une cruelle dimension lors d’un mensonge du gamin. Après avoir inventé qu’il continuerait ses études supérieures, alors que sa pauvre mère n’en a pas les moyens, il l’oblige pour garder la face à respecter sa parole. Bien des années plus tard, la vieille femme rend visite à son fils, censé avoir réussi brillamment ses études et justifier ainsi les énormes sacrifices qu’elle aura subit. Petit instituteur dans un quartier pauvre loin du centre de la capitale, en pleine campagne entre des usines qui recrachent d’épaisses fumées noires et toxiques, elle découvre qu’il vit chichement de son maigre salaire avec Sugiko, une jeune et gentille femme, et déjà un enfant en bas âge. Le choc sera rude de part et d’autre, bien qu’heureux de se retrouver, certaines choses seront à dire.

J’ai beaucoup aimé ce cinéma intimiste, expressif et poignant, avec ce regard d’une très grande douceur sur cette population en grande difficulté économique et pourtant solidaire et terriblement humain. À travers cette histoire, Ozu, nous plonge au cœur de la crise économique, des grandes migrations des campagnes vers la ville et des difficultés et déceptions d’une vie qui non seulement n’est pas meilleure, mais bien pire qu’au départ. Un fils qui d’un mensonge oblige sa pauvre mère à sauver sa face de se sacrifier par amour en vendant ses maigres biens et travailler jusqu’à sa mort dans l’extrême dénuement totalement injuste et violent d’un égoïsme absolu d'un menteur peu reconnaissant et d'un mère sacrificielle insane.

L’image du Japon avec ses codes moraux, avec sa culture du paraître et l’esprit de famille archaïque. Les images sont superbes, aux cadrages tantôt rapprochés en portrait sur les personnages donnant une dimension émouvante, tantôt en lointain avec un champ large et d’une très grande solitude. Peu de dialogue, beaucoup d’expressionnisme qui hante, surtout avec un final aussi superbe. La relation mère / fils, le sacrifice d’une vie pour son enfant, la culpabilité d’un mensonge d’enfant face à la parole donnée pour garder la face aux yeux des autres et de soit même est d’une terrible oppression sociale qui fend le cœur d’une immense bonté et d’amour avec une sublime poésie. Une terrible intrigue qui hante longtemps.

Avec Choko Iida (Nuages d'été) est extraordinaire d’émotion, quand Shin'ichi Himori (Vivre) est terrible de retenue, de même que le jeune Masao Hayama. Il émane de Yoshiko Tsubouchi, une intensité rare qui marque longtemps, Chishu Ryu (Ran), Mitsuko Yoshikawa, Tomoko Naniwa ou Kiyoshi Aono. Bakudankozo, Kiyoshi Seino, Eiko Takamatsu, Seiichi Katō, Kazuo Kojima, Tomio Aoki sont tout aussi prégnants.

Le film Le fils unique du pack Ozu en 20 films, distribué par Carlotta, est disponible dans les meilleurs bacs depuis le 6 novembre 2019 en DVD et Blu-ray. Il est proposé en version originale sous-titrée français. Dans les suppléments, Le temps conté, présenté par Jean-Jacques Beinex.

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commentaires

P
Oui, film terriblement poignant. Une vraie découverte pour moi qui ne connaissait pas le cinéma de Ozu.<br /> ça me donne envie de continuer! Prochaine étape: &quot;Voyage à Tokyo&quot;!
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