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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 09:37

Brigitte Sy (Les mains libres) s’est attelée à l’adaptation du roman d'Albertine Sarrazin avec beaucoup de subtilité et d’émotion dans une ambiance feutrée et doucereuse pour une passion dévorante et la description de la prostitution dans le Paris des années cinquante.

En pleine nuit du mois d’avril 1957, la jeune Albertine de 19 ans, s’évade d’une prison où elle purgeait une peine pour braquage. En sautant du mur, elle se fracture l’astragale, un os du pied. Se trainant péniblement vers la liberté, elle est prise en stop par Julien, lui-même un repris de justice. Il la transporte chez une amie à Paris qui la planque. Alors qu’il continue sa vie de malfrat, Albertine se remet lentement de sa blessure, et se prostitue occasionnellement pour survivre, changeant régulièrement de cache pour échapper à la police, tout en poursuivant l’écriture des carnets.

J’ai beaucoup aimé la retranscription de l’œuvre, même si la reconstitution de l’époque n’est pas de rigueur. Il règne une atmosphère particulière, où la passion amoureuse dévorante se déguste en sourdine et espoir souvent déçu, entre le glauque et sordide de la prostitution, et l’angoisse de la police et de la prison. Cette couleur blafarde entre sépia et noir et blanc dans des sombre obscure donne une impression poétique comme les textes du l’écrivaine particulièrement touchants.

La mise en scène, confusément maitrisée, donne à cette réalisation un charme suranné qui envoute avec un pincement au cœur face à la vie de cette jeune femme en manque d’amour et de lumière, que sa compagne apportait, comme son compagnon comble malgré ses absences et les attentes. Pénélope des bas fonds, noircissant de lumières éclatantes ses carnets d’une vie sombre et désespérante, hélas de trop courte durée.

L’histoire retrace la vie de l’écrivaine Albertine Sarrazin, à partir de son roman, qui fut une première dans l’édition, puisque pour la première fois une femme racontait sa vie de prostituée, de délinquante juvénile et la prison pour femme. Une vie chaotique qui commençait avec son abandon par sa mère, pour être adopté à deux ans, devenant Albertine Damien, violée à dix ans, et mise en Maison de correction paternelle, sorte de prison pour mineurs de 15 à 21 ans, sur le motif d’indiscipline -qui seraient pleines de nos jours. Excellente élève, elle réussit ses études jusqu’en prison. Avec son amie, auprès de qui elle a beaucoup d’aventures et de prostitution, Albertine fait un braquage qui tourne mal, blessant une vendeuse. Condamnée à 7 ans de prison, elle commence ses fameux carnets verts. Elle s’évade et se casse l’astragale, et recueillit par Julien Sarrazin, petit malfrat dont elle tombe amoureuse. Pigiste, elle est publiée et reconnu pour ses talents littéraires. Elle meurt des suites d’erreurs médicales à 29 ans, dont le procès gagné par Julien, servira par la suite à une meilleure sécurité dans nos hôpitaux.

Guy Casaril avait déjà adapté l’histoire, avec Horst Buchholz, Marlène Jobert et Magali Noël en 1969, ainsi qu’Alberto Cortés en 1986 avec Amor a la vuelta de la esquina par avec Juan Carlos Colombo, Emilio Cortés, Alonso Echánove. Un autre roman d'Albertine Sarazin avait été adapté, La cavale par Michel Mitrani en 1971, avec Jean-Claude Bouillon, Juliet Berto et Catherine Rouvel.

Leïla Bekhti (Maintenant ou jamais), en plus d’être très belle, joue avec beaucoup de talent, de naturel et de sincérité d’une puissante émotion. Reda Kateb (Lost river) est relégué en second plan, et s’il joue bien, est loin d’avoir ces qualités. Esther Garrel (Camille redouble) joue juste, quand son frère Louis Garrel (Saint Laurent) est toujours aussi mauvais, -ils sont les enfants de la réalisatrice-. Jocelyne Desverchere (17 filles) et India Hair (Le beau monde) qui est excellente. Jean-Charles Dumay (Le moine), Jean-Benoît Ugeux (Les rayures du zèbre) et Delphine Chuillot (Michael Kohlhaas) sont dans la mesure.

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Published by bobmorane75 - dans Films
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commentaires

dasola 04/05/2015 08:24

Bonjour Bob, j'ai regretté de ne pas avoir vu ce film qui ne se donne presque plus en salles. Et je n'ai jamais vu la version de 1969 avec Marlène Jobert. Bonne journée.