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22 mai 2015 5 22 /05 /mai /2015 08:02

Insondables crispations dans ce docu-fiction social de Stéphane Brizé (Quelques heures de printemps), dont patrons et les politiciens devraient tous voir, histoire de se faire une idée, même si l’on se doute bien qu’ils s’en fichent royalement, du haut de leurs tours d’ivoire.

La Loi du Marché : PhotoAprès 20 mois de chômage, de formations en stages divers et variés et souvent abscons, Thierry, la cinquantaine passée, entame un nouvel emploi auquel il n’est pas préparé en son âme et conscience, en tant que vigile d’un supermarché. Il se pose des questions existentielles de l’ordre de tout supporter et tout accepter pour garder son emploi, en dépit de ses convictions, dont sa situation le fait descendre dans une chute sans fin.

La Loi du Marché : PhotoPour avoir connu le chômage comme des millions d’autres, l’ANPE et ses stages débiles inadaptés et sans emploi au bout, les conseillés sans conseil au fort gros foutage de gueule sans utilité, les entretiens d’embauche sans boulot au bout, quand je les intéressais pour des stages gratuits, et les emplois intérimaires précaires, même si, sans connaitre des situations extrêmes comme dans ce film, j’ai perçu d’emblé de vieilles crispations que j’avais déjà ressenti dans In the air et ses licenciements, et qu'on oublie jamais.

La Loi du Marché : PhotoDe fait, le récit nous plonge au cœur d’un cruel dilemme de société, qui sous prétexte de crise créée par les entreprises pour mieux nous casser, nous déstructurent pour mieux nous exploiter. Ainsi, des salaires toujours plus bas, perte des avantages si durement acquis par nos ainés, perte de solidarité et surtout perte de morale, nous abêtissent et rabaissent à tout accepter. On le voit avec la salope de la banque qui souhaite faire vendre l’appartement d’une vie de labeur pour placer ses produits d’assurance de merde, pour toucher sans état d'âme son petit pourcentage.

Le film est fort dans le regard de la caméra, parfois trop insistant jusqu'à saturation -comme le cours de danse péniblement long- sans porter de jugement qui en dit pourtant long, justement par l’excès d'autres scènes clés et chocs. Ainsi de ce crevard qui veut acquérir le mobil home à vil prix, tel les patrons d’embauche, ou chefs de services, toujours promptes à exploiter et à profiter. A la manière des documentaires Strip-tease, Stéphane Brizé nous fait vivre sans commentaire un véritable cauchemar de destruction qui ne présage rien de bon pour notre avenir proche, qui ne tient qu’à des allocs et autres cache-misères pour maintenir la tête hors de l’eau le temps d’une bouffé d’air…

Personnage central, Vincent Lindon (Journal d’une femme de chambre) est absolument remarquable dans ce rôle, de justesse et d’émotion brute, face à Yves Ory et Karine de Mirbeck, ainsi que Matthieu Schaller et Xavier Mathieu, comme Noël Mairo et Catherine Saint-Bonnet, autant que Roland Thomin, qui donnent le meilleur d’eux-mêmes avec force conviction.

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Published by bobmorane75 - dans Films
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commentaires

dasola 22/05/2015 17:08

Bonjour Bob, voilà un film marquant. Certaines scènes restent durablement en mémoire. Les acteurs non professionnels sont tous remarquables. Bonne fin d'après-midi.