Par bobmorane75
Alors qu’il avait déjà réalisé une adaptation de la pièce de théâtre écrite en 1934 par Lillian Hellman -dramaturge et scénariste victime du maccarthysme- mais dont le code Hays interdisait toute allusion à l’homosexualité, William Wyler (La lettre) à la faveur du retrait de la loi de la censure, en refit un remake en 1961. Pourtant, la pièce fut joué à Broadway telle quelle, et les autorités avaient fermé les yeux sur son objet, et fut acclamé par la critique.
Martha et Karen sont deux enseignantes dans une école pensionnat privée pour jeunes filles. A la suite d’une réprimande suivie d’une punition, légère et mérité, pour se venger, une élève va raconter à sa grand-mère avoir vu les deux jeunes femmes dans une relation homosexuelle. Très vite, le mensonge devient une rumeur qui vide en une journée le pensionnat de toutes ses écolières. A la faveur de cette rumeur, qui outre met l’école en danger économique, se révèlent au grand jour des amours cachés ou étouffés dans le cœur des amies et collègues.
Sur un ton neutre, ou la théâtralité ne se fait ressentir, la réalisation nous mène au cœur de l’intrigue avec une subtilité émouvante. La mise en scène, effleure les protagonistes et les événements, rendant palpable les malaises, les injustices et colères dans une ambiance délétère, mais aussi les amours saphiques cachés et étouffés qui se révèlent au grand jour avec une indicible et passionnée
force de l’amour. La puissance de la rumeur est incroyable, telle un raz marée qui pousse la bêtise aux pires extrémités. « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose » disait Francis Bacon. Mais il ressort aussi la terrible et violente homophonique. J’ai adoré la mécanique qui décortique crescendo dans les rapports professionnels, d’amitié et d’où surgit soudain tout l’amour trop longtemps prisonnier des interdits et convenances qui existaient latent dans le cœur de ces jeunes femmes.
Avec Ils étaient trois -These three- avec Miriam Hopkins, Merle Oberon et Joel McCrea réalisé en 1936, William Wyler avait du réécrire l’histoire avec l’auteure, en changeant la donne de la rumeur, pour éviter la censure homophobe. Le récit transformé, racontait une rumeur sur un mensonge de liaison supposée de deux enseignantes de l'école, où l'une d'elles aurait couché avec le fiancé de l'autre. Pour autant, lorsque le réalisateur s’attaqua à son remake qui respecta cette fois-ci l’histoire originale, il s’autocensura en coupant les scènes faisant allusion à l'amour lesbien de Martha et Karen en raison de la réaction critique au film qu’il redoutait. Fort heureusement, elles ont été réinsérées lors de la sortie en dvd. D’autant plus heureusement qu’elles sont de très fortes émotions et parties intégrantes au récit.
La pièce a été inspirée par une véritable histoire qui s’est déroulée en 1810, à Edimbourg, en Ecosse, où l’élève Jane Cumming avait accusé ses maîtresses, Jane Pirie et Marianne Woods, d'avoir une liaison devant leurs élèves. L’influente grand-mère de la gamine, Dame Cumming Gordon, fit retirer toutes les filles de l'école qui se retrouva très vite désertée, mettant les deux femmes en faillite. Les enseignantes ont portées l’affaire en procès et l’ont emportée. La grand-mère fut condamnée à verser un dédommagement. Mais les deux enseignantes étaient ruinées. Pirie est morte dans la pauvreté, et Woods du fuir à Londres où elle ne pu trouver qu'un emploi à temps partiel.
Les très belles Audrey Hepburn et Shirley MacLaine sont extraordinaires d’émotion et sont terriblement marquantes dans un duo magique. de même que James Garner et Miriam Hopkins, Fay Bainter et Karen Balkin, et les excellentes et terribles gamines Mimi Gibson, actrice dès son très jeune âge ayant été entièrement volée par sa mère, a contribué par son combat à la défense et la protection des enfants-acteurs. Veronica Cartwright (Alien, le huitième passager, Non-stop) a une riche filmographie.

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