Grace à UFO j’ai eu le plaisir de découvrir ce magnifique documentaire sur la première tentative de l’ascension de l’Everest en 1924 par le versant nord-est de George Mallory et Andrew Irvine, filmé par le capitaine John Noel.
Plus qu’un documentaire sur la tentative de deux alpinistes, c’est surtout un reportage d’une extrême modernité, tant sur la montagne de toutes les convoitises sportives et humaines, que sur sa population et son histoire. Ainsi, chemin faisant, nous prenons conscience des difficultés surhumaines pour monter à flan de montagne, avec plus de 500 chevaux et des centaines d’hommes, portants les charges de l’expédition. A chaque village, les liens d’amitié se tissent avec les habitants, découvrant leurs conditions de vie difficiles dans un cadre majestueux. La progression devenant de plus en plus ardue de part la dénivellation que par les températures toujours plus froides que la neige et la glace. Enfin, nous faisons connaissance de l’équipe et des principaux protagonistes, pour une des plus célèbres tentatives par George Mallory dont l’argument d’escalader l’Everest « Parce qu'il est là » -Because it is there- avait fait sa renommé, et Andrew Irvine. Ils étaient alors âgés de 38 et 21 ans.
Ainsi, John Noel, excellent caméraman, nous fait découvrir avec les moyen de l’époque, tant avec des filtres bleutés ou mauves pastels, la magnificence d’un spectacle qu’offre la nature de toute pureté, mais aussi du terrible drame qui se produit alors sous nos yeux, en direct. Ingénieux, il réussi à adapter un téléobjectif unique en son temps, nous permettant de suivre au plus près l’épuisante ascension des deux hommes dans la phase finale qui scellera leur destin.
L’intérêt est en effet au-delà de l’exploit sportif, John Noel donne encore plus de force à son remarquable travail talentueux en filmant les tibétains et le monastère de Rongbuk, comme un grand reportage ethnographique. J’ai été très ému par la beauté des images et par la qualité du film, autant que sur le sort tragique de ces hommes téméraires. Les textes gardent l’authenticité de ce début du vingtième siècle, après la terrible et meurtrière première guerre mondiale, et cette tentative sportive comme une bouffée d’oxygène et d’aventure passionnante, hélas fatale et sujette à controverses.
En effet, s’il est indéniable que ces alpinistes chevronnés ont été jusqu’au bout de leur tentative comme les images nous le montre, il n’est pas prouvé qu’ils réussirent à aller sur le toit du monde. Telle est la question qui taraude le petit monde de l’alpinisme : ont-ils réussi à atteindre le sommet avant de mourir ? Aperçu pour la dernière fois le 8 juin 1924, aucune preuve n'a jamais été démontrée qu'ils ont effectivement atteint le sommet. Cependant, une petite piste bien légère mais troublante, révélée par la fille de Mallory, selon laquelle son père portait sur lui une photo de sa femme qu’il devait laisser au sommet. Cette photo n'a pas été retrouvée sur son corps en l'excellent état de conservation, laissant penser qu'il a pu déposer la photo ayant atteint le sommet. Reste que pour valider leur exploit, il aurait fallut au moins une photo, et leur retour au campement. Bien qu’il semble aux experts d’aujourd’hui qu’avec les moyens de l’époque il leur fut impossible de franchir le dernier obstacle qui les a sans doute tués.
Le corps congelé de George a retrouvé le 1er mai 1999, par une expédition américaine à 8 290 mètres. Sans les deux appareils photo que les alpinistes avaient emportés avec eux, dont la pellicule était conçue pour les grands froids. Deux autres expéditions en 2004 et 2005 ont tentées de retrouver en vain les appareils photos et le corps d’Andrew, qu’un alpiniste japonais aurait vu en 1960, mais non retrouvé depuis, quand une nouvelle tentative est prévue prochainement. En 1995, le petit-fils de Mallory, George Mallory II, a atteint le sommet de l'Everest.
L’Everest -Chomolungma (Déesse mère du monde, en tibétain)- le plus haut sommet du monde au-dessus du niveau de la mer avec ses 8 848 mètres, fascine les hommes depuis la nuit des temps. Plusieurs expéditions seront lancées, depuis celle de 1924, par la façade nord, mais trop difficile et périlleuse. Il faudra attendre l’autorisation du Népal en 1950 pour qu’enfin en 1953, Edmund Hillary et Tensing Norgay réussissent à vaincre l'Everest par le sud. Pour la France, il faudra attendre Le 15 octobre 1978, avec Jean Afanassieff -décédé en ce début d’année 2015- Nicolas Jaeger -porté disparu le 27 avril 1980, à 8 200 mètres d'altitude dans l'Himalaya- et Pierre Mazeaud –député- et une première avec la descente en ski d'Afanassieff et Jaeger. Aujourd’hui quasiment plus facile d’accès, puisque 14 000 alpinistes se sont lancés à l’assaut, et plus de 4 000 l’ont réussit, cela reste toujours aussi périlleux, puisque ayant coûté la vie à plus de 200 alpinistes. Encore tout récemment, avec le terrible tremblement de terre qui a touché le Népal, de très nombreux alpinistes ont été mortellement emportés.
Le film L’épopée de l’Everest est distribué par UFO et disponible dans les meilleurs bacs dès le 5 mai 2015 en DVD au prix conseillé de 19,99€, et en VOD. Il est dans une version muet composé d’intertitres anglais sous-titrés en français, avec une nouvelle musique de Simon FisherTurner. Les bonus sont composés de la présentation du film par la fille du réalisateur, Sandra Noel, qui narre avec émotion le parcourt de son père, ainsi que Bryony Dixon conservatrice de films muets qui relate la fantastique aventure du film, et le supplément Restaurer L’épopée de l’Everest qui nous renseigne sur l’incroyable travail de restauration du film.
Un grand merci à UFO dont le catalogue est riche et varié, de m’avoir permis cette très belle découverte.
