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Rashômon

C’est avec ce magnifique film que fut amorcé la nouvelle vague du cinéma français dans les années 1950 et 1960, réalisé par Akira Kurosawa (L’ange ivre), d'après une nouvelle de Ryunosuke Akutagawa, sur un récit qui fait froid dans le dos sur l’honnêteté du genre humain à propos d’un terrible fait divers et les témoignages des protagonistes et leur vérités et mensonges.

Après un procès, deux hommes traumatisés ayant été convoqués comme témoins, un bucheron et un prêtre, se retrouvent au pied La porte de Rashō -Rashômon en japonais- et racontent à un roturier les événements qui se sont déroulés. Lors du passage sur un chemin de foret du samouraï Tashehiro et de sa femme Masago, le bandit Tajomaru les a attaqués. Le mari est mort, la jeune femme a été violée, et le cheval et les biens volés. Lors du procès, sont exposés les témoignages contradictoires du bandit, de la jeune femme, du fantôme du mari et du bucheron, sous différentes versions des circonstances dramatiques.

Très beau film, qui met mal à l’aise en effet par les prises de position de chacun des protagonistes du drame, en fonction de leurs ressentis. Ainsi le bandit qui reconnait l’attaque et le viol, mais parle de combat légitime contre le mari à l’instigation de la jeune femme, et que celle-ci séduite, s’est enfuit avec lui. La vision de la victime, violée et déshonorée, s’accuse de la mort de son mari qui la méprisait trop de ce qu’elle venait de subir, est parti se réfugier dans un temple. Le témoignage du défunt mari par le biais d’un médium, qui reconnait le viol du bandit et s’être suicidé. Enfin, le bucheron qui nous conte une vérité plus proche de la réalité, mais pour au temps pas aussi sincère ni dénué de reproches. Ainsi, le récit nous plonge au cœur d’un drame où responsabilités et culpabilités se chevauchent et se contredisent, pas des mensonges ou des réinterprétations qui rendent aussi flou qu’ils éclairent les terribles ressentis de chacun, et qui hante longtemps.

J’ai été subjugué par le jeu des interprètes, totalement habité par la conscience à vif de leurs personnages. La mise en scène quasi théâtrale à la gestuelle de pantomime, aux expressions du cinéma muet, apporte une dimension fantasmagorique surréelle de la douleur humaine, de la lutte contre la vérité, des peines et douleurs reçues ou infligées, telle le viol mais surtout le mépris. Une réalisation d’un impressionnant réalisme entre documentaire reportage et fiction qui transcende le cadre habituel du cinéma classique. La musique n’est pas étrangère au malaise ambiant, avec la réadaptation composition japonisée par Fumio Hayasaka du célèbre Boléro de Ravel, qui plane dans les scènes les plus dures. Deux remakes ont vus le jour avec le western L'Outrage - The Outrage en 1964 par Martin Ritt avec Paul Newman, Claire Bloom et Edward G. Robinson. Et en 2011, par le réalisateur Thaïlandais M.L. Pundhevanop Dhewakul, avec U mong pa meung, avec Mario Maurer, Petchtai Wongkamlao, Pongpat Wachirabunjong.

Encore un magnifique casting des fidèles du réalisateur, avec l’excellent Toshirō Mifune (Le garde du corps) terriblement puissant, face à Masayuki Mori (Les salauds dorment en paix) horriblement marquant, et la belle Machiko Kyō (La petite maison de thé) qui hante longtemps nos cœurs et esprits. Et puis Daisuke Kato (Nuages d'été) et Takashi Shimura (Entre le ciel en l’enfer), Minoru Chiaki (Le château de l’araignée) et Kichijirô Ueda (Vivre dans la peur), et Noriko Honma (Rhapsodies en août).

3 étoiles

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