Par bobmorane75
Wild side vidéo nous offre la chance de découvrir cette très intéressante réalisation de 1944 d’Akira Kurosawa, pour un film de propagande patriotique, sorte de docu-fiction, avec un certain regard qui laisse entrevoir une certaine ironie d’une mentalité d’alors.
Alors que la seconde guerre mondiale fait rage dans le pacifique, les industries japonaises tournent à plein régime. Dans une usine de fabrication d’optiques de visée, des lycéennes travaillent avec ardeur. A l’annonce du patron d’augmenter la cadence et la production, un débat s’ouvre avec les jeunes filles. Celles-ci veulent, sinon en faire autant que les hommes, du moins plus que ce que l’on assigne. Ainsi, entre cours de musique et parades militaires, s’activent-elles dans la production avec acharnement, dépassant les limites du possible qui les épuisent physiques comme moralement.
J’ai été très intrigué par ce film, qui apporte une vision très réaliste d’une époque, du côté japonais, faisant alors partie de l’axe démoniaque avec les nazis. L’approche de Kurosawa, nous donne donc un aperçu édifiant dans l'utilisation de la jeunesse avec ces lycéennes, du conditionnement moral et sens du devoir et du sacrifice, des séances d'autocritique et du paternalisme fascisant du régime. Je n’ai pas ressenti ce film comme partisan du régime d’alors, mais comme une édifiante illustration de la bêtise coupable d’un gouvernement militaire, coupable des pires atrocités nazis.
Les descriptions des conditions d’exploitation de ces gamines poussées à l’extrémité de leurs forces, n’ayant plus la force du raisonnement personnel au profit du groupe jusqu’à épuisement totale qui se rapproche de l’esclavage, n’est pas vraiment mis en valeur patriotique. Ainsi, les défilés aux pas cadencés au son des tambours montrent l’enrégimentement du pays.
De fait, on ressent déjà la pate du maître, avec la mise en scène et le regard de la caméra, dans ses travelings comme dans ses plans rapprochés, qui feront son succès incontesté dans sa carrière. Un film troublant de part cette manière de nous plonger au cœur de ce groupe et de l’ambiance générale, qu’un reportage n’aurait pas mieux fait. Ce qui coince aux entournures, avec justement ce petit décalage presqu’imperceptible entre l’image et le discours, qui dénote un recul sur l’adhésion aux valeurs du régime, comme une pointe de dénonciation d’une réalité condamnable, qui prend encore plus de valeur de témoignage, soixante dix ans plus tard. Ce film se retrouve également dans un coffret Akira Kurosawa - Les films de jeunesse : Un merveilleux dimanche + Le plus dignement.
Avec Takashi Shimura (Rashômon) et Sôji Kiyokawa, Ichirô Sugai (Un merveilleux dimanche) et Takako Irie (Sanjuro), ainsi que toutes les jeunes actrices, aussi marquantes qu’émouvantes, avec Yôko Yaguchi et Sayuri Tanima, Sachiko Ozaki et Shizuko Nishigaki, ainsi qu’Asako Suzuki et Haruko Toyama (L’ange ivre), Aiko Masu et Kazuko Hitomi, ou encore Shizuko Yamada et Itoko Kôno, parmi tant d’autres.
Le film Le plus dignement d’Akira Kurosawa, distribué par Wild side vidéo, est disponible dans les meilleurs bacs depuis le 28 octobre 2015 en blu-ray et DVD. Il est proposé en version originale japonaise sous-titré français. Les bonus nous offrent la restauration du film, avec deux extraits avant et après qui montre la qualité du travail rendu.

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