Par bobmorane75
Très belle et efficace plongée dans l’horreur du maccarthysme à travers le cadre d’un biopic sur la résistance tenace d’un scénariste de génie, grâce au talent de Jay Roach (Moi, député) qui révèle l’ampleur du malaise délétère qui a été la honte d’une époque au sein d’une profession vitrine du rêve virant au cauchemar.
A peine la seconde guerre mondiale terminée, qu’une nouvelle commence avec la guerre froide et la chasse aux sorcières. Ainsi, un petit obscur fanatique impose une commission d’enquête sur les activités anti-américaines sur tout le pays, mais plus particulièrement au cœur de l’industrie du cinéma et du rêve à Hollywood. A partir d’une liste de membres actifs ou anciens, de sympathisants ou compagnons de route du parti communiste américain, un
procès s’ouvre contre tous ceux qui s’opposent à la délation et aux autocritiques. Ainsi, dix réalisateurs et scénaristes de renom dont Dalton Trumbo vont voir leur carrière et leur vie brisée pour la défense de leurs droits et liberté. Dalton va entamer un très long combat dans l’ombre pour sa survit professionnelle et vers sa réhabilitation et celle de toutes les victimes.
Superbe réalisation qui m’a bouleversé par sa reconstitution et sa mise en scène mettant en exergue l’absurdité fascisante d’une commission totalitaire ridicule aux lourdes conséquences sur la vie de milliers de citoyens et sur l’économie. Comment en pleine démocratie, un fou furieux d’extrême droite soutenu par des députés et sénateurs dans leur haine et leur peur du communisme, vont s’en prendre à leur propre vitrine des valeurs américaines. Mais surtout, montrer un mécanisme où nombre de comédiens vont dénoncer leurs amis et collègues par complicité ou lâcheté et les condamner à la Liste noire. Le final est émouvant bien qu’un peu trop consensuel à mon goût où il me semble un peu trop facile de s’embrasser pour oublier les comportements de certains collabos comme cette langue de pute d’Hedda Hopper qui a continué ses activités malsaines, quand un Frank King (Kozinsky) a fait preuve d’un couillu et permis à Trumbo un des deux Oscar de sa carrière.
Une réalisation imparable sur la mise en place d’un système totalitaire dans lequel se sont accommodé la majorité silencieuse tout en profitant des vides vaquant des victimes et prendre leur place et surtout profiter du talent d’un Trumbo pour réaliser des films à bas coût. La force du film est de ne jamais tomber dans le pathos ou la dualité manichéenne, pour relater simplement des faits et conséquences kafkaïennes. La conclusion parle d’elle-même, où, soulager d’éviter le pire en mettant un terme à une prodigieuse hypocrisie, le petit monde hollywoodien s’est révélé un monstre obscène de lui-même par manque de courage et de solidarité. Quand sera-t-il demain si pareille situation se reproduisait ?
Avec un casting superbe dans lequel Bryan Cranston (Godzilla) excelle face à Diane Lane (Les rues de feu), quand Helen Mirren (La femme au tableau) est génialement monstrueuse. Adewale Akinnuoye-Agbaje (Annie) et David James Elliott loin de ressembler au Duke, quand Elle Fanning (Maléfique) et Louis C.K. (American bluff) sont excellents, tout comme John Goodman (Monuments Men). la jeune Madison Wolfe (Joy), Michael Stuhlbarg (Hell town) et John Getz (The social network), David Maldonado (La 5ème vague) et Alan Tudyk (Le labyrinthe : la terre brûlée), ainsi que Roger Bart (Last Vegas) et Dean O'Gorman (Le hobbit : la bataille des cinq armées) donnent une idée d’une époque.

Eclipse Next 2019 - Hébergé par Overblog