Par bobmorane75
Un grand merci à Blaq out pour m’avoir permis de découvrir ce très beau film kenyan réalisé en 2018 par Wanuri Kahiu, d’après la nouvelle Jambula Tree, écrit par Monica Arac de Nyeko, pour un récit saphique entre deux jeunes adolescentes et les réactions de leur entourage.

Nairobi au Kenya, Kena Mwaura traine avec ses potes, dont Blacksta est amoureux d’elle, quand elle ne travaille pas pour son père dans son magasin. Elle fait la connaissance de Ziki Okemi, lycéennes comme elle, qui bien que différentes, se retrouvent dans leurs désirs de réaliser leurs rêves. En pleine campagne électorale au cours de laquelle s’affrontent leurs pères respectifs, elles sont très attirées l’une vers l’autre pour des sentiments amoureux dans une société kényane conservatrice où l’homophobie s’exprime jusque dans les homélies du pasteur local. Face aux mentalités archaïques et à la violence homophobe, les deux jeunes femmes sont contraintes de choisir entre l’amour et la sécurité.

Rafiki -amie- est un très beau film d’amour, tendre et émouvant entre deux jeunes filles confrontées dans la société kenyane aussi moderne, autant occidentalisée que traditionnelle, à une violente homophobie. À travers cette belle romance face aux intolérances, la réalisatrice apporte une belle vision de l’Afrique loin des clichés et des stéréotypes des famines et génocides, des gourous et gris-gris, pour une société tout ce qu’il y a de plus moderne dans nos sociétés occidentales.

Nous retrouvons cette même haine insupportable envers les gays et lesbiennes, propagée par les religieux, en totale infraction avec les textes chrétiens, contrairement à ce qu’ils osent affirmer et imposer. Il est bon de rappeler que dans les Évangiles, Matthieu 19:12, les paroles du Christ accueillent les homosexuels "eunuques dans le ventre" -ainsi dénommés à l’époque- avec respect, amour et tolérance. J’ai beaucoup aimé cette narration avec ces beaux sentiments amoureux naissants dans une société agressive où la violence s’abat brutalement de manière incompréhensible, tant on se demande ce que cela peut bien faire à tous ce que ces personnes puissent aimer le même sexe.

La réalisation est tout en subtilité et sensibilité, aux couleurs chatoyantes et lumières chaleureuses, qui mettent en exergue les sentiments et personnalités dans un contexte angoissant de menaces et de répressions. L’influence néfaste des religieux dans les mentalités, trouve une raisonance dans l’intolérance et l’absurdité, qui ne rend pas honneur à leur foi. Ainsi, le film a été interdit dans les salles kényanes, censuré par les archaïsmes conservatrices, sauf le temps de la semaine du festival de Cannes qui a eu un grand succès dans les quelques salles ouvertes. Espérons que cela changera les mentalités pour un meilleur vivre ensemble. La fin est très belle tout en subtilité et émotion, à l’image de la bande musicale, et au talent des actrices très marquantes. Une vision du cinéma africain par les africains que j’aimerai voir plus souvent.

Avec les excellentes Samantha Mugatsia et Sheila Munyiva, Jimmy Gathu, Nini Wacera, Dennis Musyoka et Patricia Amira, Neville Misati, Nice Githinji, Charlie Karumi et Muthoni Gathecha, Vitalis Waweru, Mellen Aura, Leila Weema et Stephen Ruiru, Mburu Kimani, Githae Njogu et Patricia Kihoro, Jane Wachu, Priscilla Wanjiku, Mary Wanjiku et Edwin Owino, Derrick Assetto, Juliette Achieng' et Justin Mirichii.
Le film Rafiki, distribué par Blaq out, est disponible dans les meilleurs bacs depuis le 8 février 2019 en DVD. Il est proposé en version originale sous-titrée français. Dans les suppléments, un passionnant entretien avec la réalisatrice Wanuri Kahiu, et un court-métrage.


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