Par bobmorane75
Un grand merci à Les Mutins de Pangée pour m’avoir permis de découvrir cet excellent documentaire américain de 8 heures réalisé en 2016 par Ezra Edelman, sur l’une des plus surmédiatisé des affaires judiciaires américaine, avec le procès sordide dépassée par des intérêts… « supérieures ». Le film a reçu l’Oscar 2017 du meilleur film documentaire.

Au départ, un fait divers : le meurtre sanglant en 1994 de la femme de l’icône du football américain O.J. Simpson et d’un ami de celle-ci, et dont le sportif sera accusé. Mais à travers son procès ultramédiatisé, c’est toute l’histoire sociale américaine qui défile sous nos yeux : les fractures raciales du pays, les failles de son système judiciaire, ses inégalités.

En effet, à la base, l’affaire est une histoire de violence conjugale d’un homme sur sa femme qui se termine par un double meurtre de son ex-femme et d’un ami. L’homme en question est une célébrité américaine et riche. Parce qu’il est noir, et qu’elle était blanche, il n’a plus été question de sa violence de tortionnaire et de ses horribles meurtres. Coupable, l’avocat Johnnie Cochran en a fait une affaire raciale. Avec sa formule resté tristement célèbre « Si cela ne vous convient pas, vous devez l’acquitter ».

L’horreur perpétrée durant des années sur cette femme et sa terrible fin, n’a pas compté à la défense d’O. J Simpson. Et puisque les blancs ont tant fait de mal aux noirs, qu’une femme blanche soit tué par un noir n’est que vengeance, et qu’en plus elle a été sa maitresse durant cinq ans qu’il était encore marié et père de deux trois enfants, la cause était entendue. Et puisqu’il était si riche…

Un documentaire passionnant qui reprend dans les détails cette affaire qui mêle autant le meurtrier que les victimes, il s’intègre dans un contexte politique social et racial, de haine et de violence, et de d’intérêts financiers. O.J. Simpson, sorte de Forrest Gump tout en jambes qui s’élève par le sport grâce à une vitesse de course impressionnante de talent. Portrait révélateur d'un ambitieux qui dès très jeune trahit sa famille, ses amis, sa femme et sa communauté, et se construit une image policée qui masque le monstre démoniaque, machiste et homophobe derrière son sourire charmeur. Et quand une famille laisse sortir sa gamine de dix huit ans à un homme marié mais riche, qu’importe que dès le premier soir elle été violentée. Qu’importe à la justice Wasp la violence conjugale, elle le puni de 120 heures de golf, il est si riche et célèbre.

Procès scandaleusement détourné de l'objet initial pour des intérêts politiques et de carrières d’avocats. Il n’est pas à douter du manque de d’humanité de Johnnie Cochran, dont il serait intéressant de connaître sa vie privée. Surprenante solidarité de la communauté afro-américaine derrière un homme qui n'a jamais manifesté son soutien aux siens lors de toutes les injustices subit, qui n'a eu que mépris et rejet pour eux « Je ne suis pas noir, je suis O.J. » et se voit soutenu, adulé et sauvé, parce qu'il est noir parce qu'elle était blanche. Une sorte de revanche aux violences commises à leur encontre depuis si longtemps, mais déplacé au regard des faits. Procès hallucinant d’abjection tant on à peine à croire que le sort d’une femme passe à la trappe au point même de trahir la cause de la lutte contre le racisme en se salissant l’âme pour sauver un tueur sans pitié ni remord. Certes, OJ Simpson a fini en deuxième procès par être reconnu coupable de meurtre, mais n’a été condamné qu’à verser 33 millions de dollars. O.J. est tombé pour d’autres affaires de violence et à fait 9 ans de prison. Il est donc toujours libre.
Aujourd’hui, 4 juillet 2019, en France, la 72ème femme a été assassinée par son conjoint. Elle avait 20 ans et était enceinte.
Le documentaire O.J. : Made in America, distribué par Les Mutins de Pangée, est disponible dans les meilleurs bacs depuis le 2 juin 2019. Il est composé de 5 dvd de 8 heures.


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