Par bobmorane75
Un grand merci à Pathé pour m’avoir permis de (re)découvrir dans le cadre de La Cinémathèque Pathé, le nouveau rendez-vous mensuel de Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, en collaboration avec Revus et Corrigés, à la projection du film La belle équipe de Julien Duvivier de 1936, en version restaurée 4K et la fin alternative préférée du réalisateur
Cinq amis ouvriers au chômage, Jean, Charles, Raymond, Jacques et Mario, émigré clandestin espagnol sous la menace d’expulsion, gagnent un gros gain à la loterie. Sur une idée de Jean, ils décident de se mettre en commun dans l’achat d’un vieux lavoir en ruine en bord de Marne, pour le transformer en guinguette. Euphoriques, ils s’attèlent à la construction de leur rêve en toute confiance de copropriétaire. Mais rapidement, ils déchantent au premier orage
qui s’abat sur leur construction qu’il faut réparer. En plus de Charles qui pique dans la caisse pour son ex-femme Gina dont Jean tombe amoureux qui créé des discordes, que la gendarmerie retrouve Mario, et Jacques qui part au Canada. Le rêve devient petit à petit cauchemar.
Film sombre sur l’amitié mis à mal par le destin et les rivalités comme les mentalités. Tellement sombre que la production a exigé un autre fin plus positive que celle prévue par Duvivier, et dont Pathé nous restitue ce choix. Si j’ai beaucoup aimé cette vision à la Zola, la narration nous stupéfie par la mentalité machiste d'alors, où la situation des femmes prend une dimension importante au-delà de cette fraternité masculine. Dans un style à la Rougon-Macquart, où le sort malchanceux enfonce un terrible destin qui attend les deux principaux protagonistes à leur propre perte. En ne respectant pas la règle numéro un de l’amitié, Jean met en danger tout ce pour quoi tous l’ont suivi... ou presque, car en définitive tous se trahissent. Entre Charles qui pique dans la caisse, Jean la femme de son ami et les trois autres qui ont contractés des dettes sur le dos des copains. L’argent ne fait pas le bonheur, l’amour non plus. Ainsi, les femmes sont bien mises à mal dans cette société du Front Populaire d'avant la seconde guerre mondiale. L'une cynique limite prostituée à qui on assène une gifle bien sentie qui trouve "un homme, un vrai", jusqu'à la grand-mère qui offre ses économies pour sa petite fille mais qu'elle confie à Mario, homme en "charge" de la femme. Un beau film cependant sur une certaine époque et une mentalité. Deux fins alternatives ont donc été proposées, l'une sombre, préférée par le réalisateur, et l'autre heureuse. Pour ma part, j'aurais opté pour une troisième plus subtile, que le film n'est pas, tant la sombre est un peu trop forcée, quand l'optimiste ne l'est pas puisque la trahison des trois amis auprès du notaire lui donnera la propriété de leur guinguette.
Avec une belle équipe composée de Jean Gabin (Maigret et l'affaire Saint-Fiacre) et Charles Vanel (Les diaboliques), Raymond Aimos, Raphael Medina et Charles Dorat, ainsi que de l’excellente Viviane Romance, femme de caractère. Jacques Baumer et Marcelle Geniat, ou encore Micheline Cheirel et Fernand Charpin (Voici le temps des assassins).

La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé
73 avenue des Gobelins
75013 Paris
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